Attention à la marche en descendant du train !

4 décembre 2010 Non Par karambol

Commençons par une mise au point : par transports en commun nous parlons bien sûr des transports publics ferroviaires ou busoviaires routiers qui assurent la transhumance bi-quotidienne des masses laborieuses de leur foyer doux foyer vers le lieu honni de l’oppression par la finance internationale dissimulée sous un quelconque avatar et vice versa. Nous n’évoquerons pas non plus les transports amoureux « communautaires » pratiqué par une frange de la population à laquelle n’appartient pas la rédaction de ce blog.

Contrairement à une l’idée fort répandue disant que les transports en commun c’est un avant-goût de l’enfer, je dirais que prendre sa voiture et passer une heure dans les embouteillages pour parcourir moins de 20 kilomètres un jour de Novembre pluvieux ça c’est vraiment un aperçu de l’enfer surtout si l’écologiste tapi tout au fond de votre conscience et qui sommeillait depuis toutes ces années, eh bien ce cher individu se réveille un beau matin et vous susurre à l’oreille des mots doux comme « réchauffement climatique« , « bilan carbone« , « particules fines« , « peak oil » et vous réalisez soudain que les enfants que vous n’avez pas hériterons d’un caillou stérile à cause de votre égoïsme forcené, et que, même si la pollution permet d’avoir dans certaines conditions de luminosité de magnifiques coucher de soleil sur fond de paysages urbains, cela ne compense pas vraiment votre participation à la catastrophe annoncée.

Aussi afin d’apaiser votre conscience , vous décidez donc de reprendre les transports en commun faisant fi de l’inconfort qu’il y a à voyager avec quelques milliers de ses congénères entassés comme des sardines dans des boîtes métalliques surchauffées l’été et frigorifiées l’hiver.
D’abord assurons nous de posséder l’accessoire indispensable : le baladeur. C’est le moyen idéal pour s’enfermer dans sa bulle ou faire croire qu’on est enfermé dans sa bulle alors qu’en réalité on est en panne  de batterie depuis 30 minutes. Sans baladeur vous prenez le risque que quelqu’un vous adresse la parole et vous serez obligé de lui répondre déclenchant ainsi un moment de convivialité qui va ruiner les efforts des centaines de milliers de gens qui s’escriment tous les jours a faire de l’espace public un lieu froid et impersonnel.

Une fois à l’abri bien caché derrière vos écouteurs vous pourrez en toute discrétion écouter les conversations de vos voisins et observer l’homo-transportus dans son élément naturel. J’en conviens aisément, quand il s’agit de jeunes, incapables de s’adresser les uns aux autres sans s’aboyer dessus, cela n’a aucun intérêt à part se rendre compte que d’une part, courtoisie et élégance sont deux valeurs en baisse par les temps qui courent (on dirait un vieux con aigri mais quand des insultes deviennent des signes de ponctuation c’est la conclusion qui s’impose), et que d’autre part certains mots se prononcent différemment selon que vous êtes jeune ou pas. Par exemple pour parler jeune ne dites pas « je prends la voiture » mais ‘je prends la voitchure‘ . Mais l’étude ethno-sociologique sur le jeune du début du 3ème millénaire en milieu péri-urbain et ses modes d’interactions sociales ce sera pour une autre fois, revenons si vous le permettez à  nos moutons.

Pour renforcer notre coté « je suis dans ma bulle rien ne peut m’atteindre » un journal ou un livre sera le bienvenu, en effet cela vous permettra d’éviter de fixer trop ostensiblement ceux et celles que vous observez et dont il ne faut jamais sous estimer l’irascibilité et le tempérament violent : n’oubliez pas que vous êtes en milieu hostile, le moindre faux pas peut avoir des conséquences dramatiques pour votre amour-propre et parfois même votre intégrité physique et cela particulièrement si l’objet de votre attention est une personne du sexe opposé au physique avenant : à trop la fixer vous passerez pour un dangereux pervers et en plus elle est accompagnée par quelqu’un qui à l’air bien trop costaud pour vous.
Le baladeur et la lecture c’est bien mais tout cela n’est rien si vous arborez votre plus beau sourire et un air engageant : vite ! effacez-moi ce sourire malheureux ! Froncez les sourcils et complétez le tout avec un air vaguement méprisant envers vos contemporains et vous voila parfaitement camouflé tel le chasseur à l’affût de la tourterelle innocente.

Vous voici donc les écouteurs sur les oreilles, l’air concentré prétendant lire un grand quotidien national et là vous remarquez un genre de jogging/pantalon en velours rouge, (avouez le vous avez un tendresse particulière pour la couleur rouge), sous lequel se trouve une jeune fille bien faite de sa personne et au cours de votre observation ethnologique vous remarquerez le quinquagénaire en costume/cravate de taille moyenne et d’air tout aussi moyen exception faite de sa cravate qui n’a rien de moyen : il n’a donc pas de femme qui l’empêche de quitter son domicile en arborant une horreur pareille ?

Notre homme moyen donc, jette un regard hautement désapprobateur à la jeune personne et là c’est comme si vous l’entendiez déclarer d’un ton pincé « Qu’est-ce que c’est que cette tenue,  jamais je ne laisserais ma fille s’exhiber dans les transports vêtue de la sorte décidément les jeunes de maintenant … ».

Vous pouvez aussi tomber remarquer l’air désespéré du petit dans sa poussette qui, complètement terrorisé par tout ces gens qui se pressent autour de lui en se prenant les pieds dans sa poussette et lui jettent des regards furibonds, tente désespérément d’accrocher le regard de sa mère qui elle est très occupée à raconter au téléphone les détails complets de sa duure journée de labeur à sa meilleure amie et est absolument inconsciente du stress que subit sa progéniture.

Avec un peu de chance vous tomberez aussi peut-être sur de jeunes écoliers en sortie scolaire qui s’abattront sur votre wagon tel un vols d’étourneaux sur des lignes électriques en Bretagne, provoquant une hausse instantanée du niveau sonore et le portant a un niveau dangereux pour votre santé mentale déjà bien entamée : votre manie d’observer vos contemporains en étant une preuve éclatante. 2 stations plus loin ils descendront aussi brusquement qu’ils étaient apparus vous aurez permettant de savourer votre relative tranquillité retrouvée et vous pourrez alors consacrez votre attention à l’étrange modulation des annonces qui rythme votre parcours : une première annonce sur un ton vaguement surpris (Sucy-Bonneuil ?) suivie d’une deuxième vous confirmant la station d’une façon bien plus affirmée, (Sucy-Bonneuil !), l’ordinateur ayant vraisemblablement vérifié l’itinéraire sur un plan quelconque et pouvant ainsi vous rassurer : vous rentrez bien chez vous.
Après toute ces aventures vous continuerez votre trajet en essayant d’imaginer à quoi peuvent bien penser tous ces braves gens ,(peut être se livrent-ils au même genre de sport que vous), et il vous viendra l’idée saugrenue de vouloir mettre ces élucubrations par écrit et vous vous retrouverez tard dans la nuit devant un écran au lieu de goûter un repos bien mérité dans les bras de Morphée.

Ainsi s’achève une dure semaine de labeur et surtout n’oubliez pas : pour votre sécurité, attention à la marche en descendant du train !