O voi sé o voi Malavoi é

J’en vois parmi vous qui se disent mais qu’est ce que c’est que ce titre cryptique ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Pas de panique je vais tout vous expliquer.

« O voi sé o voi Malavoi é » c’est le début d’une chanson créole* qui s’appelle Malavoi et qui est chanté (entre autres)par le groupe martiniquais Malavoi, et si j’ai choisi ce titre pour l’article du jour c’est tout simplement parce que je vais vous parler du dernier album du dit groupe.

Masibol – Aztec Musique Décembre 2020

« Masibol » est donc le dernier album en date du groupe Malavoi, paru en décembre 2020 à l’époque ou l’on croyait encore qu’on pourrait un jour reprendre une vie normale, 4 mois seulement et pourtant ça parait déjà si loin mais je m’égare, revenons donc au sujet du jour. Malavoi pour ceux qui l’ignore c’est l’un des plus anciens groupes afro-caribéens en activité, crée en 1967 ou 1969 selon les sources, ce qui est sur c’est que comme El Gran Combo à Porto-Rico , Los Van Van ou La Orquesta Aragon à Cuba, c’est un pilier du patrimoine musical caribéen. Ce qu’il faut savoir sur ce groupe c’est qu’il y a Malavoi avant 1982 et Malavoi depuis 1982. 1982 c’est un peu un reboot du groupe par le pianiste Paulo Rosine qui garde les violons qui sont la spécificité de Malavoi et sont présents depuis le début, et recentre le répertoire sur les rythmes traditionnels de la Martinique. Malgré le décès de Paulo Rosine en 1993 le groupe continue encore de se produire et de sortir régulièrement des albums.

Pour être totalement honnête je n’ai pas toujours été conquis par tous les albums du groupe parus depuis 1993, par exemple « Oliwon » qui précède celui ci, ce n’est pas qu’il soit mauvais, c’est un album de reprises qui reprend un peu le concept de « Marronage » l’album testament de Paulo Rosine qui faisait intervenir une pléiade d’invités sur des reprises de chansons qui sont devenu des sortes de classiques du répertoire antillais dans leur version malavoiesque. Sur « Oliwon » je n’ai pu que constater que la sauce prenait moins bien malgré tout le talent des invités, les violons qui font la spécificité du groupe semblaient un peu anémiques et l’ensemble manquait un peu de souffle ou de groove pour employer un mot plus en rapport avec le domaine musical.

Tout ce long préambule pour vous expliquer que quand j’ai vu passer les notifications et articles parlant d’un nouvel album de Malavoi, j’étais un peu en mode « ouais bof je vais écouter, mais ça va encore être une déception » et donc je me connecte sur Spotify je sélectionne l’album je lance et là surprise totale : je me retrouve à me dire « eh c’est bien cette chanson on dirait du Malavoi« , avant de réaliser ben oui c’est du Malavoi et du bon. Tellement bon que j’ai acheté le CD parce que voila un bon album ça s’achète et aussi quand on est curieux comme moi et qu’on aime bien avoir des infos sur les albums (qui joue, qui a produit …) il n’y a pas trente-six solutions, soit on connaît les attachés de presse et on peut leur soutirer ce genre d’informations, soit on achète le support physique et aussi parce que c’est ma grande frustration avec les plateformes de streaming : c’est pratique, mais pour ceux qui avaient l’habitude d’écouter les albums avec la pochette du vinyle à la main, il manque quelque chose, on n’a plus aucune informations sur les personnes impliquées dans la réalisation du disque, mais je m’égare encore, revenons sur le sujet.

« Masibol » commence par « Loup-Garou« , une composition de Paulo Rosine et ça explique pourquoi j’ai accroché tout de suite : il y avait vraiment un style Paulo Rosine qui donnait sa couleur musicale au groupe, je ne sais pas si c’est un inédit retrouvé ou une reprise mais en l’écoutant j’ai retrouvé le Malavoi que j’aimais : une biguine bien enlevée avec des violons qui sonnent comme des violons. On enchaîne sur un quadrille avec « Kadolescent« , d’autres biguines (« L’enfant-Roi« ), une reprise d’une mazurka créole « Hermancia » , « Vent » qui mélange un peu le ti-bwa créole, une rythmique basse/batterie un peu funkysante, et les cordes classiques, et évidemment « Masibol » la chanson éponyme de l’album, un hommage aux femmes de caractères qui nous entourent. Je ne vais pas vous citer toutes les chansons mais sachez que « Masibol » est un album très réussi, c’est peut être du à l’aspect familial du projet : Jacky Bernard qui signe quasiment tous les arrangements, en plus d’être le pianiste du groupe Fal Frett est le frère de Nicol Bernard le percussionniste de Malavoi et de Fal Frett), Grégory Privat qui a arrangé « Reverie Bò dlo » est le fils de José Privat le pianiste de Malavoi et compositeur de cette superbe chanson, et Ralph Tamar le chanteur originel du groupe est à nouveau de la partie et, cerise sur le gâteau, j’ai l’impression que les arrangements de cordes ont été écrit comme à l’époque de Paulo Rosine, pour un orchestre complet et avec 5 violons et un violoncelle on entends la différence.

J’interromps ici cette chronique pour attirer votre attention sur le fait que j’ai respecté les figures imposées de la critique musicale en plaçant le mot éponyme : si il y a des niveaux de critiques (comme les ceintures en judo), je ne dois pas être loin de la ceinture noire non ? 😀

Après cette énième digression revenons à nos moutons : si vraiment je voulais chipoter je dirais que les titres « Reverie bò dlo » et « Vent » serait presque plus à leur place dans le répertoire de Fal Frett à cause de la touche un peu plus jazz ,(avec le vibraphone), qu’ils apportent à l’album mais justement c’est aussi ça le talent de Malavoi savoir se réinventer au bout de 51 ans de musique alors que les membres fondateurs du groupe ne sont plus là pour actualiser la formule tout en respectant les fondamentaux du groupe.

Un dernier mot pour dire que j’ai failli mettre un titre bien racoleur genre « Comment la musique caribéenne prolonge la vie » mais je je garde pour si un jour je sors un article sur tous ces groupes caribéens qui durent depuis plus de 40 ans.



* les paroles de la chanson « Malavoi »

O voi, o voi, o voi Malavoi é
Kel joli plan bagay la
Lé blan poté la Matinik Gwadloup

Koko péi sé an bagay nou tout’ ewmé
Kan’ Malavoi sé an bagay ka wanôté
Way lé blan poté voyé
Poté vini la Matinik Gwadloup

O voi sé o voi Malavoi é
O voi, o voi, o voi Malavoi é
Kel joli plan bagay la
Lé blan poté la Matinik Gwadloup

Man ka bwé wonm man ka limin
Man ka jwé sébi
Man libétin man toumanti pasé péson
Way lè bla poté voyé
Poté vini la Matinik Gwadloup

O voi sé o voi Malavoi é
O voi, o voi, o voi Malavoi é
Kel joli plan bagay la
Lé blan poté la Matinik Gwadloup

Koko péi sé an bagay nou tout’ ewmé
Kan’ Malavoi sé an bagay ka wanôté
Way lé blan poté voyé
Poté vini la Matinik Gwadloup

O voi sé o voi Malavoi é
O voi, o voi, o voi Malavoi é
Kel joli plan bagay la
Lé blan poté la Matinik Gwadloup

/Poté vini la Matinik Gwadloup

Mané Léoni
Malavoi pa diksioné
Malavoi peni pikan

Poté vini la Matinik Gwadloup

Mané Léoni
Malavoi pa diksioné
Malavoi peni pikan

Poté vini la Matinik Gwadloup

Mané Léoni
Malavoi pa diksioné
Malavoi peni pikan

O voi sé o voi Malavoi é sé Matinik

Sé Matinik!

En bonus le concert complet des 40 ans de Malavoi au Zénith de Paris

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